dimanche 19 janvier 2014

Sur le grill #1 - Samantha Bailly

Rappelez-vous, en 2011 et 2012, j'inaugurais un rendez-vous sur mon blog, "Sur le grill - Les interviews d'Earane".
Comme je vous l'ai annoncé il y a peu, ce rendez-vous revient en 2014. Attention, c'est parti ! 

 
En avril 2011, j'ai eu le plaisir d'interviewer Samantha Bailly. Jeune femme formidable à la plume plus qu'agréable, Samantha est dynamique, généreuse et une personne ouverte d'une extrême gentillesse. Passer du temps avec les autres ne l'effraie pas, au contraire.

C'est donc avec une immense joie que je la reçois à nouveau en ces lieux.


Bonjour Samantha !
Ravie de t’accueillir à nouveau en ces lieux. C’est un vrai plaisir.

Plaisir partagé !

Lors de notre première interview, tu venais de publier ton dyptique Au-delà de l’oraison ainsi que Lignes de vie. Depuis, cette série a été rééditée chez Bragelonne en un tome unique, intitulé sobrement Oraisons.
Comment cela s’est-il passé ?

Disons que c’était un bon concours de circonstances. En mai 2012, j’étais une auteure assez démunie. Mille Saisons s’arrêtait, ce qui signifiait la fin de la publication d’Oraisons (anciennement Au-delà de l’oraison) et l’avortement du projet de publier mon autre roman de Fantasy basé dans le même monde, Métamorphoses. Je venais de terminer un roman contemporain, Ce qui nous lie, une fiction féminine, et je ne savais pas vraiment à qui l’envoyer. Pour résumer, j’étais perdue, je continuais à écrire bien sûr, mais j’ignorais dans quelle direction aller côté édition.

Lors des Imaginales 2012, le plus fou était de voir que je continuais à dédicacer beaucoup d’exemplaires des deux tomes restant d’Au-delà de l’oraison, et je recevais des témoignages de lecture enthousiastes et poignants. J’avais démarché quelques acteurs de l’imaginaire, qui m’avaient répondu qu’en avoir déjà vendu 2000 exemplaires en micro-édition, c’était que le roman avait déjà achevé sa vie. Assez déprimée par cette vision des choses, j’en ai discuté avec ma voisine de dédicaces, Magali Ségura. Celle-ci m’a conseillé de parler à Stéphane Marsan.

J’ai mis plusieurs heures avant de prendre mon courage à deux mains et d’aller vers lui lors du cocktail organisé en l’honneur des nouvelles auteurs Bragelonne. Il connaissait déjà ce que je faisais, et m’a dit de lui envoyer et mes romans de Fantasy, et Ce qui nous lie. Le 13 août 2012, j’ai reçu un email de sa part, l’un de ceux que l’on garde bien précieusement, où Stéphane Marsan me disait qu’il avait lu Ce qui nous lie, tout le bien qu’il en pensait, et que la question n’était pas de savoir si ce roman devait être publié, mais comment… Il a ensuite lu les deux tomes d’Au-delà de l’oraison dans la foulée, et m’a proposé de les republier chez Bragelonne sous forme d’intégrale.

Comment as-tu vécu le fait de publier à nouveau cette série et de la retravailler dans une dynamique un peu différente puisque cette fois il s’agit d’un tome unique ?

Chaque fois que je prends du recul sur un roman, j’ ai envie de le réécrire complètement, de choisir un autre angle d’attaque, une autre façon d’exploiter les concepts mis en avant. J’ai appris à apprivoiser cela au contact des lecteurs d’Oraisons en salon. Les années passent, et l’enthousiasme reste inchangé. Je crois vraiment qu’un roman, même s’il ne nous ressemble plus au fil de temps, est le reflet de nos problématiques passées. Le fait que l’on ne s’y retrouve plus aujourd’hui ne signifie pas que d’autres ne s’y retrouveront pas, bien au contraire. C’est une photographie d’un instant T. Un instant révolu pour nous, mais en phase avec d’autres.

Pour la réédition d’Oraisons, j’ai eu le choix de le retravailler ou non, mais j’ai demandé à pouvoir le réviser avec l’aide d’Hélène Jambut, éditrice chez Bragelonne. Cette dernière avait déjà lu et apprécié la précédente édition du diptyque, qu’elle connaissait depuis un moment étant donné qu’elle avait été lectrice du comité de Mille Saisons. C’était donc la configuration parfaite. Me replonger dans l’histoire était un sentiment assez particulier, étant donné qu’Oraisons me paraissait très loin derrière moi. J’ai dû apprendre à rester raisonnable : revoir n’est pas réécrire. L’idée était de le réviser sur certains points vus avec Hélène, qui restaient de l’ordre du style et des transitions. Le scénario est resté le même.

A l’époque de notre première rencontre, tu travaillais sur une préquelle de ce cycle, intitulée Métamorphoses.  La sortie est prévue pour fin 2014. Qui aurons-nous le plaisir de retrouver à cette occasion ? Pourquoi te replonger dans cet univers ?

Ah, Métamorphoses ! Je suis actuellement en pleine rédaction de ce roman, qui marquera la fin des aventures dans le monde d’Oraisons. L’histoire de Métamorphoses se déroule 35 ans avant les faits de l’intégrale. Il s'agit néanmoins d'un cycle totalement indépendant et compréhensible sans avoir lu l'autre roman.

L'intrigue de Métamorphoses me trotte dans la tête depuis 2008. J'ai écrit la première partie, Le Théâtre Solaire, entre 2010 et 2011. À l'époque, j'envisageais cette histoire sous forme de trilogie, qui aurait dû sortir chez Mille Saisons, mais je suis passée chez Bragelonne entre temps. Du coup, nous avons décidé d'en faire un seul et unique roman, qui sera un sacré pavé – voilà pourquoi je suis encore en train d’écrire ! Pour le moment, la sortie est fixée à octobre 2014.

Sonax, le trafiquant d'Objets Tabous que vous connaissez dans Oraisons, est une rencontre mentale assez étrange. Le genre de personnage que vous placez à un endroit, que vous travaillez, mais qui prend le dessus. Qui vit malgré les rouages bien huilés du scénario. J'ai semé dans Oraisons tout un tas d'indices sur la vie du trafiquant que j'avais déjà mûrement réfléchie. Son goût pour les parfums, son nom de famille, sa tache de naissance, son rapport au Jeu des quatre vents, etc. Métamorphoses relate toute la vie du trafiquant dans une ambiance colorée, pleine d'émotions et de noirceur. C’est un roman-personnage relié à des arches narratives en rapport avec Hélderion, la résuadine, les Jadielles... 
Chaque partie correspond à une période de la vie de l’androgyne, et à des enjeux politiques pour l'Astracan. Vous serez invité à suivre l'évolution de Sonax depuis le théâtre, où il passe d'enfant introverti à androgyne excentrique, jusqu'au trafiquant d'objets illicites et magiques que l'on connait dans Oraisons. 

Évidemment, il y aura des liens saillants avec Oraisons, et vous retrouverez des personnages clef tels que Nwinver et le Maître Joscard... Le roman a même pour ambition de vous faire remettre en perspective certaines des assurances que vous aviez pour Oraisons, en épousant le point de vue de Sonax et en découvrant d'autres facettes encore d'Hélderion. 

Tu as également écrit Ce qui nous lie, sorti chez Milady. Registre assez différent de tes autres romans et une thématique assez atypique, les liens entre les individus. Une thématique importante à tes yeux ?

Ce qui nous lie est l’histoire que le personnage principal, Alice, entretient avec son don, celui de pouvoir voir les liens qui unissent les individus. Voir les attaches, c’est avoir accès à un flot d'informations sur les autres qui ne correspond pas toujours à ce que l’on attend. Alice est incisive car elle vit dans une sorte d’overdose de révélations sur autrui. Et la vérité peut provoquer la désillusion.
Je voulais partir d'un personnage qui s'est donné une logique de vie : la vérité, toute la vérité. J'avais envie d'explorer une femme au départ brisée pour voir comment elle s'en sort. C’était passionnant de voir Alice évoluer, aller vers la sérénité. En fait, c’est la question de la dépendance affective : se construire soi-même en passant par les autres et être soi-même sans les autres.

L’année 2014 s’annonce d’ores et déjà chargée niveau publication. Je sais que va bientôt paraître ta série Souvenirs perdus chez Syros ou encore Les Stagiaires chez Milady en mars prochain. Peux-tu nous présenter ces divers récits ?

Ce sont en effet des projets très différents. 

Souvenirs Perdus est une trilogie de Fantasy jeunesse. Dans ce monde inventé, il existe une île nommée Enfenia. Depuis des siècles, nul ne peut y entrer, nul ne peut en sortir. Un Léviathan tourne autour, il est autant le gardien des habitants que leur geôlier. La légende veut qu’un jour, lorsque les Enfenians seront prêts, la créature se retirera et les laissera découvrir le monde. Alors que l’île célèbre une fois de plus le rituel visant à accomplir la prophétie, une femme est retrouvée inconsciente sur la plage. Une femme au visage inconnu, une étrangère. Cet événement bouleverse la vie des Enfenians, ébranle leurs plus profondes convictions… Elle est la preuve qu’il existe bien une autre civilisation à l’Extérieur, la preuve que l’on peut tromper la vigilance du Léviathan. La suite au mois de mai ;)

Concernant Les Stagiaires, le titre est déjà très évocateur ! C’est un roman contemporain qui se déroule dans une entreprise, Pyxis, qui est spécialisée dans l'édition de mangas et de jeux vidéo. Rapidement devenue un pilier du secteur, cette société dynamique incarne le rêve de nombreux jeunes passionnés par l’industrie créative. On vante son état d'esprit novateur, son cadre de travail agréable, et ses best-sellers sont une vitrine attrayante. Comme beaucoup d'entreprises, Pyxis a à son actif de très nombreux stagiaires. Tous les six mois, ces derniers arrivent d'horizons variés, soumis à un recrutement drastique. Dans une atmosphère conviviale et jeune, ils découvrent la réalité du monde du travail. Etudiants en gestion, graphisme, communication, marketing, RH, édition… tous aspirent à la même chose : obtenir un emploi à l'issue de cette période. Dans un cadre où tout est fait pour l'amusement, travail et la vie privée s'entremêlent. Et une question demeure en fond sonore : qui restera ?

Tu t’es également lancée dans un genre totalement différent avec les contes illustrés comme Kotori, le chant du moineau ou encore La princesse au bol enchanté aux Editions nobi nobi ! De même pour A pile ou face, ton thriller paru chez Rageot.. C’est important pour toi cette diversité ?

Toutes ces publications peuvent sembler décorrelées, pourtant, chacune est un élément de mon projet global d’écriture, qui est le suivant : écrire ce que j’ai envie d’écrire, peu importe la forme, peu importe les cases. Je crois que je suis le fruit d’une génération de l’hybride : j’ai connu la narration sous des formes très diverses, jeux vidéo, mangas, romans, séries, films…

L’écriture semble être comme une seconde peau pour toi, comme une partie intégrante de ton Moi. Qu’est-ce qui fait naître toutes ces idées chez toi ?

L'écriture est une passion qui m'anime depuis mon plus jeune âge, une boussole qui m’a donné un cap, cap que j’ai suivi en tentant de composer au mieux avec le réel. C'est pour moi un vecteur de sens, un centre autour duquel converge ma curiosité intellectuelle, mon désir de découverte et de transmission.

Désormais, j’ai la chance de pouvoir vivre de cette passion. Mon but est de pouvoir continuer d’écrire les histoires qui m’animent et m’habitent, mais aussi de passer un message qui me tient particulièrement à cœur : la passion irrigue la vie de sens, affute la curiosité intellectuelle, créé un point de focale autour duquel l’on peut se construire. La fiction permet de créer du lien avec les informations, d’assimiler des éléments pour les métamorphoser, d’ouvrir un espace de dialogue. Je ne sais pas si c’est une seconde peau, mais en tout cas c’est l’épicentre de ma vie.

As-tu d’autres projets secrets sur lequel tu travailles en ce moment ? Peux-tu nous en dévoiler quelques mots ?

Pour le moment je ne peux rien dire de précis, si ce n’est que Les Stagiaires aura un second tome, et que je viens de signer un autre roman jeunesse chez Rageot, mais pas dans la collection thriller. Suspense…

Je sais que tu continues à aller à la rencontre de tes lecteurs, que ce soit dans les écoles pour des interventions ou en salon. Est-ce une variable importante pour toi dans ta vie d’auteure ?

Oui, pour ma personnalité et ma vision de l’écriture, c’est fondamental. En tant qu’auteur, nous vivons dans une temporalité très étrange : lorsqu’un roman sort, il est en réalité loin derrière nous, déjà terminé depuis un an en général. Ce long laps de temps s’explique par les plannings chargés des éditeurs, le temps des corrections, de la réalisation de la couverture, etc. Je signe le BAT d’un roman au moment où je suis en plein milieu de l’écriture d’un autre. Entretenir le contact avec les lecteurs, que ce soit sur les réseaux sociaux ou en salons, c’est une façon de partager les coulisses, d’écouter leurs retours, de se remettre en question, de recevoir aussi des encouragements. L’écriture est une activité très solitaire, durant laquelle on ferme la porte… Un peu de lumière ne fait jamais de mal. 

Concernant les interventions dans les classes, c’est une activité que j’adore : rencontrer les élèves, discuter avec les enseignants, m’immerger durant une journée dans leur monde, est toujours très riche. Parfois, c’est aussi un vrai séisme, des prises de conscience. En général, ça ne rate pas : les élèves qui ont le plus de difficulté sont souvent les plus investis dans ce genre de rencontre.

Si un jeune auteur se présentait à toi demain lors d’un salon et te demandait des conseils. Que lui répondrais-tu ?

Je dirais, les trois P : Patience. Persévérance. Passion. Sinon, j’ai mis à disposition une FAQ sur mon site internet, pour tenter de répondre aux questions les plus fréquentes.

Merci pour ta gentillesse et ta disponibilité, Samantha. Au plaisir de te revoir très prochainement pour d’autres actualités !





Vous pouvez retrouver toute l'actualité de Samantha Bailly sur son site internet.

Ses publications :


6 commentaires:

  1. Un échange passionnant à lire, bravo !

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  2. Très belle interview qui donne envie de découvrir le travail de l'auteur. Bravo à toi pour ces questions pertinentes et à Samantha d'avoir eu la gentillesse de répondre avec autant de sincérité.

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    1. Merci ! Samantha est vraiment une belle personne, qui prend le temps de répondre. Quelqu'un de très agréable sans nul doute !

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  3. Très belle interview, merci à toutes les deux ! Mon compte en banque et ma PAL ne vous remercient pas ;).

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